Tales of the world episode 61- De l’autre côté du miroir et ce que l’on y trouve

Le trait définitoire d’un univers qui bascule, d’un monde qui change, d’un ordre qui se défait est l’avènement des mots, de situations, des pensées et des actes qui juste la veille étaient considérés comme impensables et inadmissibles. Non pas que leur existence de fait fût impossible, mais plutôt … inacceptable. Curieusement, ceci est aussi ce que souvent sépare les mondes de la soi disant réalité et celui de la fiction: le fait que là où la réalité nous met des barrières, de morale, d’éthique, politiques, ou tout bonnement matérielles, la fiction les enlève, les rend élastiques à souhait et les explose en menant ses héros à la satisfaction que bien trop de fois est éludée dans le réel.

Voilà que dans l’année de grâce 2014 une étrange collusion semble avoir lieu entre ces deux mondes ; ce qui fait, qu’en simple être humain, vivant la vie de tous le jours, lisant les papiers de tous les jours, tirant les conclusions de tous les jours, je ne peux m’empêcher de remarquer que la réalité que se déroule devant mes yeux a d’étranges allures de fiction, qui me font vivre les événements de manière inattendue.

Pour commencer, un exemple dramatique : face aux atrocités commises par le  groupe djihadiste qui fait des ravages en date, L’Etat Islamique, je me révolte, je ne comprends pas ; j’aimerais qu’un esprit justicier et vengeur rétablisse l’équilibre là où il ne semble y avoir que la plus noire des bassesses humaines. Que les plus démunis s’élèvent et que les assassins soient écrasés…Je ris d’un rire incrédule à entendre que, non seulement bien organisé et financé, ce groupe est en possession d’une machine à propagande à faire pâlir tout politicien chevronné : ses exécutions sont mises en scène et produites par des maisons de productions dédiées, il y a des magazines en ligne à télécharger et ses comptes twitter et facebook n’ont de cesse à resurgir comme les têtes coupées  du dragon. Et voilà qu’en écho à cette intensité, les journaux du monde se laissent eux aussi prendre aux passions vengeresses, au moins dans le ton de leurs articles, Le irish Mirror écrivait en ce mois d’août : des femmes membres du Parti des Travailleurs de Kurdistan, alias PKK, lourdement armées et formées à l’art du combat, sont allées en Iraq libérer les milliers de femmes et filles capturées par des jihadistes. Ainsi faisant, elles instillent la peur dans le djihadistes, dont le pire cauchemar serait d’être tués par une femme, ce qui leur interdirait l’entrée au Paradis. Je ne pus retenir un sursaut enfantin et impuissant de triomphe à lire ces lignes…ahahaaaa, les assassins reçoivent ce qu’ils méritent !!!!!

Cette piètre consolation ne peut pas durer longuement, mais c’est ce qui me fait réaliser l’incongruité de ces histoires…qui, à la lumière d’informations supplémentaires, ne font que prendre plus l’allure de roman distopique. Car il paraît que, non seulement l’EI exhibe une cruauté et une brutalité exacerbées et romanesques, mais les liens d’affaires qui les soutiennent défient logique et bon sens : les clients principaux pour le pétrole qu’ils détiennent ne sont personne d’autre que leur pires ennemis, l’état syrien et d’autres alliés, et les intermédiaires de leurs affaires, personne d’autre que les kurdes, dont le peuple l’EI est en train de décimer…quel sens trouver à ces occurrences, à part le sens des affaires et du profit, le même d’ailleurs que des grandes compagnies des pays démocratiques avaient en travaillant avec les nazi pendant la guerre …

C’est en arrivant à cette réflexion que quelque chose fit un déclic en moi : on vit l’hyper réalité de ces dernières années somme si elle n’était pas naturelle, comme si…les passions destructrices et les sept péchés capitaux que nous rencontrons maintenant à tout bout de champ avaient été relégués aux romans et sagas dont nous sommes si friands. Mais ceci ne fût que la douce illusion d’une société prise par son rêve de confort et indifférence. Nous oublions que Alice est allée non seulement aux pays des merveilles, mais elle est aussi passée de l’autre côté du miroir…