Pour la Roumanie, une chance historique de relever la tête

Pour la Roumanie, une chance historique de relever la tête

Le Temps Opinions

vendredi 31 octobre 2014 Ruxandra Stoicescu

Le lundi 22 décembre 2014, date emblématique de la révolution roumaine, le nouveau président de la Roumanie prendra sa place au Palais Cotroceni, à Bucarest, pour cinq ans, après avoir passé deux tours électoraux, le 2 et le 16 novembre.

25 ans après les événements de 1989, qui ont provoqué la mort de milliers de personnes, dont beaucoup de jeunes, et 20 ans de spéculation quant à leur véritable nature – révolution ou coup d’Etat? – les Roumains se retrouvent face au même choix qu’il y a un quart de siècle: continuer de vivre dans un pays rongé de l’intérieur par la cupidité et la corruption, ou construire un Etat de droit porteur d’espoir, de justice sociale et d’un avenir européen. Plus que toutes autres élections présidentielles des 20 dernières années, celles de novembre 2014 sont comparables à celles de mai 1990.

Cela se vérifie lorsqu’on examine les candidats qui s’y présentent. Voilà le portrait des quatre les plus importants.

Victor Ponta est le candidat des barons» du Parti social démocrate, héritier de l’ancien parti communiste roumain et dont les seconds et tiers échelons se sont appropriés administrativement et politiquement des fiefs territoriaux, qu’ils ont pillé pendant 25 ans en toute impunité. En témoigne la déferlante des accusations et preuves irréfutables amenées ces dernières années par l’Agence nationale anticorruption, qui, tout en se trouvant au-delà de la politique, se voit, de par ses actions, propulsée en arbitre de ces élections. Malgré ces preuves, Victor Ponta continue sa course en tête des sondages, au moment même où son beau-père est sous le coup d’une enquête pour le même type d’abus que ses collègues de parti. C’est dire l’ancrage profond de ces structures dans la société roumaine, surtout dans les villes et les villages de province, au nord-est et sud du pays.

La droite roumaine

S’en suivent trois autres candidats, appartenant à ce qu’on appellerait «la droite» roumaine, et dont la candidature séparée est symptôme du morcellement, le long de divers groupes d’intérêts, de cette dernière.

Klaus Johannis , maire de Sibiu, centre économique et culturel de premier ordre, ancienne capitale culturelle européenne, représente le Parti démocrate libéral qui a soutenu longtemps le président actuel, Traian Basescu, avant de le lâcher, sous pression des tortueux arrangements et byzantinismes propres à la politique roumaine. Candidat de l’opposition doté du plus de chances, membre de la minorité allemande du pays, il représente les progrès enregistrés par la Roumanie, projetant l’image d’une démocratie moderne, capable de remédier à ses tensions et de se montrer européenne dans ses aspirations et actes. Il n’est pas exempt de suspicion de corruption ou de trafic d’influence, mais à un échelon infime comparée à ses adversaires.

Monica Macovei , indépendante et membre du Parlement européen, anciennement aussi soutenue par les libéraux et Traian Basescu, est la personnalité qu’on associe le plus avec l’Agence nationale anticorruption, pour laquelle elle a lutté becs et ongles. Malheureusement, son programme politique et économique est teinté d’un esprit néo-libéral qui fait peur.

Elena Udrea , candidate soutenue par Traian Basescu et son parti le Mouvement populaire, donne une mauvaise image du féminisme en Roumanie. Ses agissements politiques présents et passés et liens avec certains «barons», ainsi que son côté «people», entament lourdement sa crédibilité.

Ensemble ces personnes feraient un bon candidat, avec le juste mélange de charisme, d’opportunisme, de programme politique, de répondant et d’éthique.

Sortir des filets de la corruption

En état, ils ne sont ni plus ni moins que des éclats du miroir cassé dans lequel la société roumaine n’a de cesse de se regarder depuis des décennies. L’un des drames roumains est que le pays ne semble pas arriver à dépasser le stade du miroir: la Roumanie se vit comme miroir inversé de l’Europe, miroir trouble des valeurs transatlantiques et, souvent, miroir maléfique de sa propre histoire qui tient les citoyens dans des boucles et des filets indémêlables de corruption et de totalitarisme.

Le 16 novembre prochain, le peuple roumain aura une des rares occasions de son histoire de faire un choix qui le sortira de ce miroir, en le cassant par un cri, non pas de révolte, mais de détermination à passer à l’étape suivante, celle de la proposition et la contribution d’intelligence et de flexibilité, que les Roumains peuvent amener à l’Europe et à la civilisation. Ce choix passera nécessairement par un non aux mécanismes et aux structures de la corruption et à leurs représentants. Ce ne sera que le début d’un long chemin que les roumains devront parcourir côte à côte – et non à la traîne – avec leurs concitoyens européens.