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Tales of the world episode 66 – For every cloud with a silver lining there is a silver lining with a cloud

This week, December 5th, Tales of the World celebrates three years of existence. Three years of mostly incompetent international relations, dismal economics, some of the bloodiest and animalistic conflicts in recent memory and a general sense of dissolution and dissatisfaction with the world as we know it…

 Music from Amparo Sanchez, Rio Turbio

Tales of the world episode 65 – 25 ans après

Le titre choisi pour cette chronique, « 25 ans après », vous rappelle-t-il un autre ? Pour un féru des aventures des mousquetaires d’Alexandre Dumas, la réponse est évidente, mais, au cas où vous ne les connaissez pas, « 20 ans après » est un roman qui reprend la vie mouvementée du royaume de France et de 4 de ses mousquetaires les plus vaillants 20 ans après leurs exploits de jeunesse…

 

Tales of the world episode 64 – Of rats and men

Last week the Nobel Prize Committee announced that this year, the Nobel Prize for medicine went to three researchers for their groundbreaking work on discovering and confirming the existence of what the media calls the “inner GPS” of the brain, a system of “place” and “grid” cells, which, when activated, explain humans’ ability of orienting themselves in space.

Truly fascinating discoveries that essentially illustrate the physiology of human memory related to space and localisation in it.

Experiments performed on rats show that upon going to different locations, different types of cells get activated in their brains: one set is called “place cells” and store the location information for future times when they pass it anew. When they are moving, another set, called “grid cells” gets activated, as a grid would, thus providing links and a “map” that the animals build and store in relation to the environment in which they move.

It would appear that these discoveries can help with addressing the onset of Alzheimer’s disease, which alters the sense of orientation in the individuals affected.

In the meantime, in a part of our world which is quite different from the one I have just talked about, some other kind of achievements are recorded.

News is that the EU and Canada have finalised the text on their Comprehensive Economic and Trade Agreement (CETA), and they have made it public, claiming that civil society, if it so desired, could suggest changes to it.

You might, legitimately, wonder, what is the link between these two pieces of news. Perhaps, a little more detail about the second one will bring some hints.

The CETA between EU and Canada belongs to the same family of treaties as the TTIP, TPA and TISA.

Among the many technical issues it seeks to lighten up in matters of trade barriers, it also has the potential of introducing some serious structural changes in the way politics is conducted in any given country. All of this in the name of free trade and corporate profits.

The more one reads about these agreements, the more one realises one thing: beyond the obvious danger these agreements represent to national politics and leadership, through the power they give corporations to define “global public goods” and to otherwise, override political decisions, accepting these agreements would mean signing the death certificate of politics as process and as a function in society.

With their technical language that calls “laws” – regulations and political considerations “operational constraints” these texts, by changing the language in which we think the political, erase the link between citizens’ lives, their politics and even their economics.

The very notion of citizen is disappearing from these texts, in favour of “consumers”.  And consumers don’t need politics, at least not in the Greek “polis” sense of the notion; they need cost/benefit analyses and the illusion of making a good deal. They need not rights, or obligations, but regulations and fines and a GPS to take them to the closest mall. Thinking in these terms obscures the idea that taxes or rules could have an actual connection with people’s lives and the logic of their public duties. It abolishes the public space in favour of its privatisation, in which the individual ends up extremely exposed and vulnerable.

By giving corporations the right to see, comment and suggest changes in official texts of law, before, marks these words, before Parliaments see them, essentially gives these entities power in processes of which they would benefit entirely, without going through the labour and pains of actually contributing to or at least thinking about governance. For this kind of power, paying taxes – the ultimate argument constantly brought by corporations – is simply not enough; governance is more, or should be more, than just representing and addressing the needs of the actor with the highest contribution stake. These mechanisms essentially end up placing separate corporate interests above those of the polis and the community, and in the long run, deny the very reason of the existence of the set up of the State – with capital S. This, invariably, leads to war, the very state – with small s, of fear and isolation, which we’ve been trying to avoid for so long.

Now, isn’t it ironic, that at a time when science is able to demonstrate and confirm that humans and animals best perform in processes that emphasise links and strategic mechanisms involving memory and building connections, homo politicus, or whatever is left of it, is just about to give up this privilege by erasing centuries of experience and cooping itself up in the carton silos of self interest and indifference?

Tales of the world episode 63 – Si par une nuit d’automne…

Dernièrement, j’appréhende les événements et l’analyse de l’actualité en lisant et écoutant des œuvres littéraires. Je trouve que, de près ou de loin, les histoires que je lis arrivent à exprimer très bien le désespoir ou l’enthousiasme de telle ou telle situation contemporaine, l’ingéniosité d’une invention ou l’extrémisme des attitudes. Je ne vous donnerai pas d’exemple. Ouvrez le livre que vous avez aujourd’hui sur votre table de chevet et, qu’il soit de cette rentrée ou d’il y a deux mille ans, vous vous y retrouverez, et vous le comprendrez à la lumière de l’époque que vous vivez et ça vous aidera dans votre jour à jour. Ce n’est pas un secret que la littérature est un miroir de la vie. Dans cette veine là, je remarque aussi, que, la plupart des actualités que je lis ces temps-ci m’inspirent, malheureusement, d’idées d’écrits distopiques. Par exemple, j’entends que les abeilles sont disparues dans une grande partie de la Chine et que les gens y sont obligés de faire la polenisation à la main : ça me donne envie d’écrire une nouvelle qui se passe dans un univers sans abeilles, sans grillons, tiens, sans locustes même, où les gens sont forcés de devenir eux-mêmes des insectes, pour que leur environnement puisse continuer à leur apporter ce qu’ils attendent : le miel, le son de la nature et même le maintien des cultures.

Je lis que les droits des femmes sont bafoués dans un pays telle que l’Inde, où on trouve encore des institutions qui tolèrent le viol, et ça me donne l’idée d’écrire un roman fantastique dans lequel la déesse Shakti, déesse de la féminité et de la force, fâchée avec les hommes de l’Inde, envoie sur terre des féroces émissaires qui imposent une férule féminine, qui finit par être aussi terrible que celle qu’elle essaye de combattre. Je n’arrive pas à être optimiste et confiante dans la rédemption de notre espèce. Ni même, en lisant quelqu’un comme l’économiste Jeremy Rifkin, qui, optimiste, lui, a récemment écrit un livre sur la “Nouvelle société du coût marginal zéro”.

En voilà quelques extraits : « nous parlons d’un monde où vous pourrez alimenter votre petite entreprise de production 3D par de l’énergie gratuite que vous aurez produite vous-même ou échangée sur Internet. Un monde dans lequel vous pourrez transporter votre produit 3D dans des véhicules électriques, qui eux-mêmes ont été alimentés par de l’énergie renouvelable. Et dans dix ans maximum, ces voitures seront sans chauffeur. Vous les réserverez sur votre mobile et elle vous localiseront toutes seules avec leur GPS… »

et encore

« C’est donc bien autour du Big Data que se joueront les profits – et les grands débats politiques – dans les prochaines décennies. Songez que Google enregistre chaque jour 6 milliards de recherches, qu’un habitant sur trois ou quatre de la planète est sur Facebook, que Twitter a 160 millions d’utilisateurs, qu’Amazon est le supermarché du monde… Comment s’assurer que ces compagnies ne séquestrent pas les infos qu’elles récupèrent à chacune de nos opérations sur le Net, comment faire en sorte qu’elles n’occupent pas de position de monopole dans leur activité ? Personne ne doit dominer outrageusement la plateforme technologique de l’Internet des objets.

Les centaines de millions d’internautes que nous sommes devenus doivent s’organiser. Rien d’impossible ! Les syndicats sont bien apparus avec le début du capitalisme, parce que les individus isolés ne parvenaient pas à exiger leur part de la production… Je suspecte que, demain, de nouveaux mécanismes émergeront afin que chacun ait un droit de regard sur la façon dont les informations qu’il laisse sur le Web sont utilisées. »

Les changements qui s’annoncent, que ce soit sous forme d’une situation qui change en empirant, ou une dans laquelle les humains s’adaptent et maîtrisent ce qui arrive présuppose une transformation radicale de la nature de ce que nous appelons le facteur humain. En anglais, « human agency », le libre arbitre, on pourrait dire, bien que toute traduction de ce terme reste imparfaite. Des siècles durant chaque individu a été appelé à conquérir son humanité en luttant contre toute sorte de contraintes et injustices, liées pour la plupart au pouvoir que certains aimeraient exercer sur les autres et aux pressions déshumanisantes des systèmes inventés, eux aussi, par des individus. C’est une humanité combattante, cruelle parfois, qui, pourtant est appelée à décider par elle même de chaque moment de la vie : du lever et jusqu’au coucher, chaque jour, et sans délégation. Quelle sorte d’humanité connaîtrons nous dans quelques dizaines d’années, quand la plupart des choix et décisions que nous prenons en ce moment par nous mêmes, dans notre vie, seront prises par des machines, ou des systèmes qui sauraient mieux que nous ce dont nous avons besoin par des invisibles fils qui nous tiendront? Sur quoi va-t-on exercer notre libre arbitre et surtout, l’aiguiser ?

Un de mes livres favoris est le roman d’Italo Calvino « Si par une nuit d’hiver un voyageur ». Il a cette particularité de commencer à chaque chapitre une nouvelle histoire sans jamais la conclure. Le roman se déploie sur le dos de son personnage principal, qui se laisse à chaque fois prendre par chaque nouvelle histoire, et devient presque fou en essayant de trouver sa conclusion. A aucun moment ne pense-t-il y renoncer, ou se poser la question s’il peut, au fait, écrire ses propres conclusions et fins d’histoires. En somme, exercer son libre arbitre de lecteur…et peut être d’auteur. Il reste pendu au suspens, à savoir sus-pendu. L’ironie est que, exaspérée par une suite littéralement sans fin d’histoires, je n’ai jamais conclu la lecture de ce roman. Et franchement, je pense qu’il n’y en a pas besoin. Car, par une nuit d’automne, la voyageuse que je suis, en lisant les nouvelles et écrivant sa chronique, ai entendu encore autre part quel était le message conclusif de cette œuvre espiègle…

Tales of the world episode 61- De l’autre côté du miroir et ce que l’on y trouve

Le trait définitoire d’un univers qui bascule, d’un monde qui change, d’un ordre qui se défait est l’avènement des mots, de situations, des pensées et des actes qui juste la veille étaient considérés comme impensables et inadmissibles. Non pas que leur existence de fait fût impossible, mais plutôt … inacceptable. Curieusement, ceci est aussi ce que souvent sépare les mondes de la soi disant réalité et celui de la fiction: le fait que là où la réalité nous met des barrières, de morale, d’éthique, politiques, ou tout bonnement matérielles, la fiction les enlève, les rend élastiques à souhait et les explose en menant ses héros à la satisfaction que bien trop de fois est éludée dans le réel.

Voilà que dans l’année de grâce 2014 une étrange collusion semble avoir lieu entre ces deux mondes ; ce qui fait, qu’en simple être humain, vivant la vie de tous le jours, lisant les papiers de tous les jours, tirant les conclusions de tous les jours, je ne peux m’empêcher de remarquer que la réalité que se déroule devant mes yeux a d’étranges allures de fiction, qui me font vivre les événements de manière inattendue.

Pour commencer, un exemple dramatique : face aux atrocités commises par le  groupe djihadiste qui fait des ravages en date, L’Etat Islamique, je me révolte, je ne comprends pas ; j’aimerais qu’un esprit justicier et vengeur rétablisse l’équilibre là où il ne semble y avoir que la plus noire des bassesses humaines. Que les plus démunis s’élèvent et que les assassins soient écrasés…Je ris d’un rire incrédule à entendre que, non seulement bien organisé et financé, ce groupe est en possession d’une machine à propagande à faire pâlir tout politicien chevronné : ses exécutions sont mises en scène et produites par des maisons de productions dédiées, il y a des magazines en ligne à télécharger et ses comptes twitter et facebook n’ont de cesse à resurgir comme les têtes coupées  du dragon. Et voilà qu’en écho à cette intensité, les journaux du monde se laissent eux aussi prendre aux passions vengeresses, au moins dans le ton de leurs articles, Le irish Mirror écrivait en ce mois d’août : des femmes membres du Parti des Travailleurs de Kurdistan, alias PKK, lourdement armées et formées à l’art du combat, sont allées en Iraq libérer les milliers de femmes et filles capturées par des jihadistes. Ainsi faisant, elles instillent la peur dans le djihadistes, dont le pire cauchemar serait d’être tués par une femme, ce qui leur interdirait l’entrée au Paradis. Je ne pus retenir un sursaut enfantin et impuissant de triomphe à lire ces lignes…ahahaaaa, les assassins reçoivent ce qu’ils méritent !!!!!

Cette piètre consolation ne peut pas durer longuement, mais c’est ce qui me fait réaliser l’incongruité de ces histoires…qui, à la lumière d’informations supplémentaires, ne font que prendre plus l’allure de roman distopique. Car il paraît que, non seulement l’EI exhibe une cruauté et une brutalité exacerbées et romanesques, mais les liens d’affaires qui les soutiennent défient logique et bon sens : les clients principaux pour le pétrole qu’ils détiennent ne sont personne d’autre que leur pires ennemis, l’état syrien et d’autres alliés, et les intermédiaires de leurs affaires, personne d’autre que les kurdes, dont le peuple l’EI est en train de décimer…quel sens trouver à ces occurrences, à part le sens des affaires et du profit, le même d’ailleurs que des grandes compagnies des pays démocratiques avaient en travaillant avec les nazi pendant la guerre …

C’est en arrivant à cette réflexion que quelque chose fit un déclic en moi : on vit l’hyper réalité de ces dernières années somme si elle n’était pas naturelle, comme si…les passions destructrices et les sept péchés capitaux que nous rencontrons maintenant à tout bout de champ avaient été relégués aux romans et sagas dont nous sommes si friands. Mais ceci ne fût que la douce illusion d’une société prise par son rêve de confort et indifférence. Nous oublions que Alice est allée non seulement aux pays des merveilles, mais elle est aussi passée de l’autre côté du miroir…